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Série

Ce n'est pas un manque de volonté : comment l'environnement décide de nos habitudes

Par Alexandra Barbin · · Lecture : 2 min

Illustration : Hub à son bureau, devant un tableau « Environnement » (notifications, applications, lieu, moment, contexte social, outils, routines, déclencheurs) et un carnet qui relie déclencheurs et actions. Orbi, son robot à l'œil unique, tient une note : « Petits changements, grands effets ».

Tu te dis que tu devrais être plus discipliné, alors tu recommences, encore. Et si le problème n'était pas ta volonté, mais tout ce qui la sollicite autour de toi ? En conception d'interfaces comme dans la vie quotidienne, une habitude tient moins à la force d'une résolution qu'à la manière dont l'environnement rend un geste facile ou difficile.

Le problème : on juge la personne, rarement le décor

Quand une bonne résolution échoue, l'explication la plus courante est morale : « je manque de volonté ». Elle a un défaut : elle ne dit rien de ce qui s'est passé. Une notification arrive, un raccourci est à portée de pouce, une application est restée ouverte. Chaque détail demande une petite décision, et ces décisions s'additionnent sur la journée.

Ce que dit la recherche sur les habitudes

Les psychologues Wendy Wood, Asaf Mazar et David Neal décrivent les habitudes et les objectifs comme deux systèmes séparés qui interagissent (Perspectives on Psychological Science, 2022). Une habitude, c'est une association apprise entre un contexte et une réponse : le contexte déclenche le geste rapidement, sans passer par l'intention, et cette association résiste au changement. Autrement dit, vouloir autre chose ne suffit pas à effacer ce que le décor continue de déclencher.

Cette lecture déplace la question. Au lieu de demander « comment avoir plus de volonté ? », on demande : qu'est-ce que mon environnement rend automatique ?

Ce que ça change pour la conception

Pour un designer, l'environnement, c'est l'interface : l'ordre des écrans, ce qui s'affiche par défaut, ce qui demande un clic de plus. Concevoir une habitude saine, ce n'est pas exhorter l'utilisateur, c'est rendre le bon geste simple et le geste coûteux un peu plus lointain. À l'échelle d'une journée, quelques secondes de friction en plus ou en moins pèsent davantage qu'une bonne résolution.

Concrètement :

  • Repère le déclencheur : qu'est-ce qui précède le geste que tu veux changer (un lieu, un moment, une notification) ?
  • Change le contexte avant de changer l'intention : déplacer une application de l'écran d'accueil, couper une notification, préparer la veille ce qu'on veut faire le matin.
  • Rends le bon geste évident : ce qu'on voit en premier a plus de chances d'être fait.

Les limites

Le modèle de Wood et de ses collègues est discuté : d'autres chercheurs estiment que la part des objectifs dans les habitudes est sous-estimée (commentaire publié dans la même revue). Et l'environnement n'explique pas tout : la fatigue, le stress ou des difficultés de santé jouent aussi. L'idée n'est pas d'enlever toute responsabilité, mais de cesser de tout ramener au caractère.

Conclusion

Les habitudes les plus solides ne reposent pas sur la volonté. Elles reposent sur ce qu'il devient difficile de ne pas faire. La question utile n'est donc pas « suis-je assez discipliné ? », mais « qu'est-ce que mon environnement me demande de résister toute la journée ? ».

Références

Retrouve d'autres décryptages sur Instagram : @hub__sacred_futurism (nouvel onglet).