Sacred Futurism — Chapitre 01 · Insectes · Art, philosophie et intelligence artificielle

Le Royaume des Points de vue : quand le cubisme rencontre la perception humaine

Par Alexandra Barbin · · Lecture : 14 min

Et si nous regardions tous la même réalité sans jamais la percevoir de la même manière ?

Deux personnes peuvent assister à une scène identique et en conserver des impressions profondément différentes. L'une remarque un geste, l'autre une expression. Ce qui paraît évident à quelqu'un peut rester invisible pour son voisin.

Nos regards ne sont pas de simples fenêtres ouvertes sur le monde. Ils sont traversés par nos expériences, notre attention, notre mémoire et notre sensibilité.

Mais alors, comment construire quelque chose ensemble lorsque nous ne partageons pas exactement la même perception ?

C'est autour de cette question qu'est né Le Royaume des Points de vue, premier chapitre de Sacred Futurism.

Inspiré de la libellule empereur (Anax imperator (nouvel onglet)) et du cubisme (nouvel onglet), cet univers artistique fictif explore la pluralité des perceptions humaines à travers des personnages hybrides, des architectures fragmentées et des objets capables de révéler différentes facettes d'une même réalité.

Ici, voir autrement n'est pas une anomalie. C'est une possibilité supplémentaire de comprendre.

Un royaume où aucune perspective ne suffit à elle seule

Dans Le Royaume des Points de vue, les habitants ne cherchent pas à observer le monde depuis un angle unique.

Leur civilisation s'est construite autour d'une conviction : une expérience individuelle peut être sincère sans être universelle.

Les bâtiments multiplient les transparences. Les surfaces réfléchissantes transforment les perspectives. Les espaces se recomposent selon la position de leurs visiteurs.

Les jardins urbains sont traversés de bassins, de passerelles géométriques et de structures fragmentées. Chaque déplacement permet de découvrir une nouvelle lecture de l'environnement.

Cette architecture ne cherche pas à désorienter. Elle invite à reconnaître que notre première impression ne représente pas nécessairement l'ensemble d'une situation.

La question centrale du royaume n'est donc pas de savoir qui voit juste, mais comment plusieurs regards peuvent contribuer à une compréhension commune.

Une idée qui dépasse largement la fiction

Dans nos relations, nos échanges et nos décisions collectives, nous sommes régulièrement confrontés à des expériences que nous ne partageons pas. Comprendre l'autre demande parfois d'accepter que notre propre perspective ne soit pas suffisante.

La libellule empereur : une autre manière de voir le monde

Pourquoi avoir choisi la libellule comme inspiration de cet univers ?

La libellule empereur, Anax imperator, est un insecte de l'ordre des Odonates, reconnaissable notamment à son corps allongé, à ses ailes transparentes et à ses grands yeux composés.

Contrairement à l'œil humain, un œil composé est constitué de nombreuses unités visuelles appelées ommatidies.

Cette organisation contribue aux capacités visuelles des libellules, particulièrement adaptées à la détection du mouvement et à leurs comportements de chasse en vol.

Des recherches scientifiques ont également mis en évidence une diversité remarquable de gènes d'opsines chez les libellules. Ces protéines photosensibles interviennent dans la réception de la lumière et participent à la diversité de leurs systèmes visuels.

Une étude publiée en 2015 dans Proceedings of the National Academy of Sciences (nouvel onglet) a identifié, selon les espèces étudiées, entre 15 et 33 gènes d'opsines. Cela ne signifie pas que les libellules distinguent automatiquement autant de couleurs différentes : les capacités perceptives dépendent également de l'expression et du fonctionnement de ces protéines.

De la biologie à l'imaginaire

Dans Sacred Futurism, ces caractéristiques biologiques deviennent une source d'inspiration artistique.

Les yeux des personnages conservent une anatomie majoritairement humaine.

Leurs silhouettes associent des proportions humaines à des éléments inspirés de la libellule.

Cette hybridation ne prétend pas représenter scientifiquement une nouvelle espèce. Elle transpose visuellement une question philosophique : que deviendrait notre rapport aux autres si nous pouvions percevoir davantage de perspectives simultanément ?

La libellule devient ainsi le symbole d'un regard élargi, sans pour autant posséder les facultés imaginaires attribuées aux habitants du royaume.

Le cubisme : représenter plusieurs perspectives dans une seule image

Le cubisme est un mouvement artistique développé au début du XXe siècle, notamment autour de Pablo Picasso (nouvel onglet) et Georges Braque (nouvel onglet).

Il remet en question la représentation traditionnelle d'un sujet depuis un point de vue unique.

Dans certaines compositions cubistes, les objets et les figures sont décomposés en formes géométriques puis réorganisés. Plusieurs angles d'observation peuvent coexister au sein d'une même œuvre.

Cette approche ne consiste pas simplement à fragmenter une image.

Elle propose une autre manière de représenter ce que nous connaissons d'un sujet, au-delà de ce que nous pouvons observer depuis une position fixe.

Quand le cubisme devient une civilisation

Dans Le Royaume des Points de vue, le cubisme quitte la surface du tableau pour devenir un principe de construction.

Les façades associent des volumes imbriqués. Les espaces intérieurs modifient leurs perspectives. Les objets présentent des facettes dont les propriétés varient selon leur orientation.

Le Salon des Perspectives en est une expression : ses murs pivotants révèlent différents angles d'une même scène.

L'architecture rend ainsi tangible une idée habituellement abstraite.

Une situation peut contenir plusieurs interprétations. Changer de place ne modifie pas nécessairement les faits, mais peut transformer ce que nous sommes capables d'en comprendre.

Le cubisme devient ici une métaphore de la pluralité humaine, et non une reproduction littérale des œuvres historiques du mouvement.

Iris Libella : comprendre les autres sans se perdre soi-même

Au cœur de cette civilisation se trouve Iris Libella, princesse du royaume, médiatrice des perceptions et conceptrice d'expériences collectives.

Issue de la lignée des Porteurs de Facettes, elle possède une faculté particulière : son regard décompose les mouvements et les situations en une multitude d'informations simultanées.

Elle remarque les détails qui échappent aux autres, identifie les divergences entre plusieurs récits et cherche à créer des espaces où chacun peut être entendu.

Mais cette capacité possède une limite.

À force de comprendre les perspectives de tous, Iris éprouve parfois des difficultés à identifier ce qu'elle pense réellement.

Son dilemme révèle une tension profondément humaine.

Comprendre les autres ne devrait pas signifier disparaître derrière leurs attentes.

L'empathie permet d'accueillir une expérience différente de la nôtre. Pourtant, lorsqu'elle devient une adaptation permanente, elle peut aussi nous éloigner de notre propre jugement.

Iris incarne cette frontière entre ouverture aux autres et fidélité à soi-même.

Dans un royaume qui valorise la multiplicité des regards, elle doit apprendre qu'avoir sa propre perspective ne constitue pas une contradiction.

C'est aussi une manière de participer au dialogue.

Anaxia : la responsabilité de décider

Si Iris cherche à comprendre, Anaxia, souveraine du royaume, porte une autre responsabilité : celle de prendre des décisions.

Depuis son palais aux volumes transparents et aux passerelles suspendues, la souveraine confronte différentes perceptions avant de se prononcer.

Sa couronne, inspirée des nervures translucides des ailes de libellule, évoque les multiples perspectives qui traversent son royaume.

Pourtant, disposer de plusieurs informations ne supprime pas la difficulté du choix.

Une décision collective peut nécessiter de prendre en compte des expériences contradictoires, des besoins incompatibles ou des conséquences inégalement réparties.

Anaxia représente cette responsabilité.

Écouter plusieurs perspectives ne signifie pas que toutes les interprétations sont nécessairement exactes ou que toutes les décisions se valent.

Cela signifie qu'une décision gagne à reconnaître ce qu'elle prend en compte, ce qu'elle laisse de côté et les personnes qu'elle peut affecter.

Comprendre la complexité d'une situation ne dispense pas de décider. Cela oblige à décider avec davantage de conscience.

Argus Mantis, le gardien du royaume

Argus Mantis veille sur la sécurité et l'intimité des habitants du Royaume des Points de vue. Capable de percevoir les mouvements les plus infimes, il sait pourtant que tout voir ne signifie pas devoir tout révéler.

Sa présence soulève une question essentielle : peut-on véritablement protéger quelqu'un sans respecter ce qu'il souhaite garder pour lui ?

Le troisième œil : relier les regards sans imposer une vérité

Le troisième œil constitue l'un des symboles centraux de Sacred Futurism.

Dans Le Royaume des Points de vue, il prend la forme de l'Œil frontal des Mille Regards.

Contrairement à un pouvoir de divination ou à une faculté permettant de connaître une vérité absolue, cet œil possède une fonction particulière dans la fiction.

Il rassemble des perceptions fragmentées pour révéler leurs relations.

Il peut rendre visibles les détails ignorés par un regard dominant, les contradictions entre plusieurs récits ou les points de rencontre possibles entre des expériences différentes.

Il ne désigne pas automatiquement la bonne interprétation.

Il permet de mieux comprendre pourquoi plusieurs interprétations existent.

Voir davantage ne signifie pas tout savoir

C'est précisément cette limite qui m'intéresse.

Nous avons parfois tendance à associer une plus grande quantité d'informations à une meilleure compréhension.

Pourtant, accumuler les perspectives ne garantit ni la justesse d'un jugement ni la qualité d'une décision.

Il faut encore apprendre à interpréter, contextualiser et confronter ce que l'on observe.

Dans cet univers, le troisième œil n'est donc pas une réponse.

C'est une invitation à poser de meilleures questions.

Le Service des Points de vue : une expérience différente pour chaque personne

Dans ce royaume, même les objets du quotidien participent à cette philosophie.

Le Service des Points de vue (publication Instagram, nouvel onglet) : des tasses cubistes facettées dont les propriétés changent selon leur orientation.

Le Service des Points de vue est un ensemble de tasses cubistes facettées dont les propriétés évoluent selon leur orientation.

Tourner une tasse peut modifier la température de l'infusion, recomposer ses arômes ou transformer sa transparence et sa couleur.

Certaines facettes révèlent des informations invisibles depuis d'autres angles.

Lors des conversations collectives, chaque participant découvre ainsi une expérience différente à partir d'un même service.

Personne n'est obligé de percevoir exactement la même chose.

Cet objet imaginaire interroge une idée importante : faut-il proposer une expérience identique à tous pour créer une expérience commune ?

Une réflexion sur le design centré sur l'humain

En UX, concevoir une expérience ne consiste pas uniquement à rendre une interface agréable ou fonctionnelle.

Il s'agit également de comprendre les besoins, les capacités, les contraintes et les contextes d'utilisation de différentes personnes.

Deux utilisateurs peuvent rencontrer le même service numérique et vivre des expériences très différentes.

L'un comprend immédiatement une information. L'autre a besoin d'une formulation plus explicite. Une interaction confortable pour certains peut devenir un obstacle pour d'autres.

Le Service des Points de vue traduit cette diversité sous une forme artistique.

Il ne représente pas une solution technique réelle, mais propose une réflexion sur la personnalisation, l'accessibilité et l'adaptation des expériences.

Concevoir pour plusieurs personnes ne devrait pas nous obliger à supposer qu'elles vivent toutes la même chose.

Le Prisme des Regards : rendre visible ce qui nous sépare et nous relie

Le Prisme des Regards est une sculpture cinétique capable, dans la fiction, de décomposer une scène en plusieurs perceptions simultanées.

À mesure que ses éléments se déplacent, l'image se fragmente puis se recompose.

Chaque configuration révèle une relation différente entre les éléments observés.

L'œuvre ne cherche pas à produire une image définitive.

Elle met en scène le caractère partiel de notre regard.

Ce qui nous échappe depuis une position peut devenir visible depuis une autre.

Et pourtant, multiplier les angles ne suffit pas toujours à résoudre un désaccord.

Il faut également accepter de confronter les interprétations, d'identifier les faits et de reconnaître les limites de notre propre connaissance.

Le Prisme des Regards devient alors une représentation du dialogue : non pas une fusion forcée des opinions, mais un espace dans lequel leurs différences peuvent être examinées.

Sculpture cubiste à facettes (publication Instagram, nouvel onglet) ornée d'un grand œil de verre, posée sur une table en verre, devant une baie ronde aux ailes de libellule.
Maison cubiste (publication Instagram, nouvel onglet) aux volumes imbriqués, avec un grand œil en façade et des ailes de libellule, au-dessus d'un jardin et d'un bassin.

Art, intelligence artificielle et construction d'un univers

Le Royaume des Points de vue appartient à Sacred Futurism, un projet artistique qui explore les relations entre l'humain, le vivant, les technologies numériques et la philosophie.

Chaque univers repose sur une recherche thématique, une intention conceptuelle, des personnages, des règles visuelles et une direction artistique.

Dans ce processus, l'intelligence artificielle générative intervient comme outil de création visuelle.

Elle permet d'expérimenter des compositions, des matières, des hybridations et des environnements imaginaires.

Mais l'objectif n'est pas uniquement de produire des images spectaculaires.

Il s'agit de construire un ensemble cohérent, dans lequel les choix visuels prolongent une réflexion.

Pour ce chapitre, la libellule inspire les formes et les regards. Le cubisme influence l'organisation des volumes. Le troisième œil porte la dimension philosophique. Les personnages et les objets donnent une existence quotidienne à ces idées.

Chaque élément participe à la même question, sans devoir répéter exactement la même réponse.

L'IA est l'outil. L'univers est le projet.

Ce que Le Royaume des Points de vue nous invite à questionner

Nous vivons dans un monde où les mêmes événements peuvent produire des réactions profondément différentes.

Les technologies numériques amplifient parfois ces divergences, en nous exposant à des contenus, des contextes et des interprétations qui ne sont pas nécessairement partagés par les autres.

Face à cette multiplicité, deux attitudes semblent possibles.

Chercher à réduire toutes les perceptions à une seule lecture, ou accepter d'examiner ce qui les distingue.

Le Royaume des Points de vue explore la seconde possibilité.

Cela ne signifie pas que toutes les affirmations possèdent la même valeur, ni que les faits deviennent relatifs à chaque individu.

Cela signifie que les expériences humaines méritent d'être comprises avant d'être simplifiées.

La libellule observe un monde auquel notre propre système visuel ne nous donne pas accès de la même manière.

Le cubisme propose de représenter un sujet au-delà d'une perspective unique.

Et les habitants du royaume tentent de transformer cette pluralité en une manière de vivre ensemble.

Trois approches différentes, réunies autour d'une même interrogation :

Et si comprendre le monde commençait par reconnaître les limites de notre propre regard ?

FAQ — Comprendre Le Royaume des Points de vue

Qu'est-ce que Le Royaume des Points de vue ?

Le Royaume des Points de vue est un univers artistique fictif appartenant à Sacred Futurism. Inspiré de la libellule empereur et du cubisme, il explore la diversité des perceptions humaines à travers des personnages hybrides, des architectures géométriques et des objets symboliques.

Pourquoi la libellule empereur a-t-elle été choisie ?

La libellule empereur (Anax imperator) possède des capacités visuelles adaptées notamment à la détection du mouvement. Ces caractéristiques inspirent la représentation artistique de plusieurs perspectives simultanées dans le royaume.

Quel est le rapport entre le cubisme et la perception ?

Le cubisme est un mouvement artistique qui remet notamment en question la représentation d'un sujet depuis un point de vue unique. Certaines œuvres associent plusieurs perspectives dans une même composition. Le Royaume des Points de vue transpose ce principe à son architecture et à sa philosophie.

Que signifie le troisième œil dans cet univers ?

Le troisième œil symbolise la capacité à relier différentes perceptions. Dans la fiction, il rend visibles les relations, les contradictions et les points de rencontre entre plusieurs expériences, sans imposer une vérité absolue.

Qui est Iris Libella ?

Iris Libella est une princesse, médiatrice des perceptions et conceptrice d'expériences collectives. Elle comprend les points de vue de différentes personnes, mais doit apprendre à préserver son propre jugement.

Qui est Anaxia ?

Anaxia est la souveraine du royaume. Elle confronte différentes perceptions avant de prendre des décisions, incarnant la responsabilité de choisir dans un contexte complexe.

Qui est Argus Mantis ?

Argus Mantis est le gardien du royaume. Il veille sur la sécurité et l'intimité de ses habitants : capable de percevoir les mouvements les plus infimes, il sait que tout voir ne signifie pas devoir tout révéler.

Quel est le lien entre Le Royaume des Points de vue et l'UX design ?

Le royaume explore la diversité des expériences individuelles. Cette réflexion rejoint certains principes du design centré sur l'humain, notamment la prise en compte des besoins, des capacités et des contextes d'utilisation de personnes différentes.

Les personnages et les objets du royaume existent-ils réellement ?

Non. Le Royaume des Points de vue est une création artistique fictive. Ses personnages, ses objets adaptatifs et les facultés de son troisième œil relèvent de l'imaginaire. Certaines inspirations biologiques et artistiques s'appuient toutefois sur des connaissances réelles.

Comment l'intelligence artificielle intervient-elle dans Sacred Futurism ?

L'intelligence artificielle générative est utilisée comme outil de création et d'expérimentation visuelle. Le projet repose également sur une aide pour la recherche, l'écriture.

Quelle est l'idée principale du Royaume des Points de vue ?

Le royaume propose une réflexion sur la coexistence des perceptions humaines. Son idée centrale est qu'une compréhension commune peut se construire en examinant plusieurs expériences, sans supposer qu'une perspective individuelle suffit à représenter toute la réalité.

Sources et références

Biologie et perception visuelle

Histoire de l'art

Création artistique

Nous ne voyons pas toujours les mêmes choses. Nous ne leur donnons pas toujours le même sens. Mais peut-être pouvons-nous apprendre à regarder ensemble.

Sacred Futurism — L'humain, le vivant et les futurs que nous imaginons.