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Ton attention n'est pas faible. Elle est sollicitée.
Par Alexandra Barbin · · Lecture : 3 min

Tu ouvres ton téléphone pour vérifier une date. Une notification arrive, tu la lis. Un message, tu réponds. Une pastille rouge ailleurs. Quand tu relèves la tête, un quart d'heure est passé et tu ne sais plus ce que tu venais faire. On en conclut vite qu'on « n'arrive plus à se concentrer ». La recherche invite à regarder aussi ce qui nous entoure.
La situation que tout le monde connaît
Passer d'une fenêtre à l'autre, d'une application à une autre, revenir, repartir : c'est devenu le rythme normal d'une journée devant les écrans. Chaque passage paraît anodin. C'est leur accumulation qui fatigue.
Ce que mesure la recherche
La chercheuse Gloria Mark, professeure à l'université de Californie à Irvine, mesure depuis une vingtaine d'années combien de temps les gens restent sur un même écran avant d'en changer, en enregistrant leur activité sur ordinateur. Dans son livre Attention Span (2023), elle résume ses résultats : en 2004, on restait en moyenne environ deux minutes et demie sur un écran avant de passer à autre chose. Dans ses mesures les plus récentes, ce temps tombe à environ 47 secondes.
Elle observe aussi qu'après avoir été détourné d'une tâche, il faut souvent une vingtaine de minutes ou plus pour y revenir vraiment.
Pourquoi ce n'est pas qu'une question de volonté
Ces bascules ne viennent pas toutes de l'extérieur : Gloria Mark montre qu'une grande partie des interruptions sont auto-déclenchées. On change d'onglet de soi-même, par ennui, par réflexe, pour se soulager d'une tâche difficile. Mais ces réflexes ne naissent pas dans le vide : ils s'installent dans un environnement rempli de notifications, de pastilles et de fils sans fin, qui rendent chaque bascule facile et tentante.
Autrement dit, ton attention n'est pas « faible ». Elle s'est adaptée à un décor qui la sollicite en permanence.
Ce que ça change pour la conception
Pour un designer, chaque notification, chaque pastille rouge, chaque lecture automatique est une demande d'attention. La question n'est pas seulement « est-ce que ça marche ? », mais « qu'est-ce que ça coûte à la personne qui la reçoit ? » :
- regrouper les notifications plutôt que les envoyer une par une ;
- laisser l'utilisateur choisir ce qui mérite de l'interrompre ;
- éviter de transformer chaque contenu en urgence.
Ce que tu peux faire
- Repère tes bascules automatiques : à quel moment changes-tu d'onglet sans l'avoir décidé ?
- Retire les déclencheurs les plus fréquents : notifications non essentielles, pastilles, applications sur l'écran d'accueil.
- Accorde-toi des pauses choisies : Gloria Mark conseille de faire des pauses de façon volontaire, plutôt que de laisser les interruptions décider pour toi.
Les limites
Ces chiffres viennent surtout de personnes qui travaillent sur ordinateur, dans des études américaines. Ils décrivent une moyenne : certaines tâches demandent naturellement de passer d'un écran à l'autre. Et changer souvent d'écran n'est pas toujours négatif ; c'est la fragmentation subie, pas choisie, qui fatigue.
Pour toi
La question utile n'est pas « pourquoi je n'arrive plus à me concentrer ? », mais « qu'est-ce qui, autour de moi, me demande de changer d'écran toutes les minutes ? ».
Références
- Attention Span: A Groundbreaking Way to Restore Balance, Happiness and Productivity, Mark, G. (2023), Hanover Square Press
- How to sharpen your attention and meet your goals (nouvel onglet), University of California, entretien avec Gloria Mark (2024)
Retrouve d'autres décryptages sur Instagram : @hub__sacred_futurism (nouvel onglet).